Nous avons longtemps pensé le langage était propre à l’homme. Dans le magnifique film, le "Chant des Forêts", Michel Munier dit "le monde sauvage est un monde invisible, mais qui laisse des traces". Je ne peux m'empêcher de faire le parallèle entre le monde sauvage et notre psyché ! C'est une certitude : notre psychisme, notre inconscient, est modelé par le langage, donc par la relation à l'autre et, indéniablement, "ça laisse des traces" et cela se manifeste dans nos attitudes et nos comportements !
Or, plusieurs études, dont celles menées par Michael Pordo, chercheur postdoctoral (Centre K. Lisa Yang pour la bioacoustique de conservation, Laboratoire d’ornithologie de Cornell, États-Unis) ont pu démontrer que des caractéristiques du langage, se retrouvent, au moins dans une certaine mesure, chez des animaux.
Nous pouvons citer :
- la danse des abeilles : les abeilles mellifères exécutent une « danse » pour communiquer la distance, la direction et la qualité des ressources aux membres de leur colonie
- la mésange de Chine qui combine des cris en phrases dans un ordre précis
- les cris des chauves-souris frugivores
- le chant des baleines etc.
Comme le souligne un article du Courrier de l'Unesco (25 mars 2025) : "faire la preuve que les animaux sont doués de langage aurait des conséquences majeures. Le fait de pouvoir entendre le point de vue d’une autre espèce modifierait sans doute radicalement la façon dont nous nous comportons avec elle, et ce, pour le meilleur. Il existe déjà un mouvement croissant, mené par plusieurs groupes autochtones, visant à accorder des droits juridiques aux baleines, en partie en raison de la reconnaissance de leur communication complexe.
Mais le fait d’être doué de langage ne devrait pas être une condition préalable à l’obtention de droits. Après tout, nous considérons à juste titre que les enfants ayant des troubles de la communication verbale ont la même dignité et les mêmes droits que les autres êtres humains. De nombreux philosophes affirment qu’en matière de traitement moral équitable, le langage ou même l’intelligence sont moins importants que la sensibilité, c’est-à-dire la capacité d’éprouver des sentiments de manière consciente.
En réalité, il n’est pas nécessaire de parler à d’autres animaux pour savoir s’ils sont sensibles. Des preuves irréfutables existent déjà. Les poissons-nettoyeurs peuvent se reconnaître dans un miroir, signe d’une conscience de soi que les enfants humains mettent des années à développer. Les rats refusent d’appuyer sur un levier pour obtenir de la nourriture s’ils constatent qu’en le faisant, un autre rat reçoit une décharge électrique. Les poules sont capables de se souvenir des poules qui ont communiqué de manière sincère ou trompeuse par le passé. La liste est encore longue !
Si nous voulons que notre éthique s’aligne sur la réalité scientifique des capacités des animaux, nous devons changer radicalement notre comportement à l’égard de toutes ces espèces, et pas seulement à l’égard de quelques espèces charismatiques comme les baleines et les éléphants. Cela impliquerait une transformation majeure de notre société, en particulier de notre système alimentaire".