Face aux défis croissants de la santé physique et mentale et aux recommandations de la Haute Autorité de Santé concernant la qualité et la sécurité des soins, les établissements hospitaliers tendent à explorer de nouvelles approches pour améliorer le bien-être des patients. En réalité, ces approches, lorsqu'elles sont validées, s'inscrivent dans une prise en charge globale ou intégrative.
L'objectif d'une approche intégrative est généralement :
- d'améliorer la qualité de prise en charge,
- d'améliorer la qualité de vie et le bien-être des patients,
- de tenir compte des interactions entre les aspects physiques, psychologiques et sociaux de la santé.
Parmi les approches intégratives, l’écothérapie suscite un intérêt grandissant.
Cette pratique repose sur une idée simple : le contact avec la nature peut contribuer à la santé et favoriser le processus de guérison. Au-delà du constat, de nombreuses études valident les bienfaits de la nature, soit par contact direct (lorsque cela est possible), soit par contact indirect (lorsque l'état de santé du patient ou les parcours de soins ne le permettent pas).
Qu’est-ce que l’écothérapie hospitalière ?
L’écothérapie regroupe un ensemble d’activités thérapeutiques qui utilisent la nature comme support de soin. Elle peut prendre différentes formes, selon qu'elle soit proposée en milieu hospitalier ou auprès du grand public.
En milieu hospitalier, l'immersion directe dans la nature peut être limitée, notamment en raison de l'état de santé de certains patients ou des exigences liées aux soins. Dans ce cas, l'on peut parler d'écothérapie clinique ou hospitalière : elle regroupe un ensemble de pratiques non médicales (toucher relationnel, méditation de pleine conscience, hypnose clinique, techniques à induction corporelle, techniques respiratoires...) qui intègrent la nature de façon très spécifique (sons, images, odeurs).
L’objectif n’est évidemment pas de remplacer les traitements médicaux, mais de les compléter en offrant aux patients une expérience singulière, en fonction des situations : accompagnement périodique, accompagnement lors d'un acte de soin potentiellement stressant, anxiogène ou douloureux, préparation d'échéances (examens, bilans, consultations d'annonces, parcours pré-greffe...), soutien psychologique, éducation thérapeutique...
De nombreuses études montrent que le contact, même indirect avec les sons, les images ou les odeurs de la nature peut réduire le stress et les douleurs, améliorer l’humeur, favoriser la concentration et même contribuer à une meilleure récupération physique ou réduire la durée d'hospitalisation.
Pourquoi intégrer la nature à l’hôpital ?
L’environnement hospitalier est souvent associé au stress, à l’anxiété, à la douleur, à l’isolement et à l'attente (un patient... patiente souvent !).
Au sein des Hôpitaux Civils de Colmar (Hôpital Pasteur), il existe même plusieurs espaces verts et beaucoup de chambres sont orientées vers le sud, avec une vue sur le parc. La présence de plusieurs arbres et, à l'entrée, d'espaces végétalisés ou de parcours extérieurs offre à certains patients la possibilité de sortir de leur chambre, de reprendre contact avec leur environnement et de retrouver certaines sensations positives liées au monde vivant. Pour les professionnels de santé également, ces espaces représentent des lieux de ressourcement qui peuvent contribuer à réduire la fatigue émotionnelle.
Lorsque cela n'est pas possible, pour les raisons précédemment évoquées, l'écothérapie avec immersion indirecte peut être proposée (sons, images, aromathérapie). Les sons naturels (chant d'oiseaux, ruissellement d'un ruisseau, pluie, vent dans les arbres) semblent particulièrement efficaces pour réduire le stress physiologique, favoriser la réponse de relaxation et permettre une défocalisation, parfois instantanée, surtout lorsqu'ils sont associés à d'autres techniques. Les sons seuls peuvent souvent produire un effet de détente plus marqué que les images seules. Tous les mécanismes en jeu ne sont pas encore précisément connus et ce domaine fait l'objet de nombreuses recherches.
Des bénéfices pour différents publics
D'une façon générale, l’écothérapie trouve sa place dans de nombreux services hospitaliers :
- En psychiatrie, elle favorise l’apaisement, la réduction du stress et le développement des interactions sociales.
- En gériatrie, les activités de jardinage peuvent stimuler les capacités cognitives et motrices tout en renforçant le sentiment d’utilité.
- En soins continus, auprès de patients chroniques : l'écothérapie est particulièrement utile lors d'actes potentiellement invasifs, stressants et/ou douloureux. Elle permet aussi de libérer la parole et le vécu subjectif (verbalisation des émotions, quête de lien et de sens, développement d'une démarche salutogénique et recherche de facteurs "attracteurs de santé"...)
- En pédiatrie, les espaces verts offrent aux enfants des occasions de jeu, de découverte et d’évasion.
- En rééducation, les activités extérieures encouragent le mouvement et la reprise progressive de l’autonomie.
- En soins palliatifs, l'écothérapie permet de soulager le patient, d'améliorer son bien-être, en pouvant lui offrir un espace et un temps d'évasion.
Chaque programme est adapté aux besoins et aux capacités des patients afin de garantir une expérience sécurisée et bénéfique.
Une approche d’avenir
L’intérêt croissant pour l’écothérapie reflète une évolution plus large des pratiques de santé vers une prise en charge globale de la personne. En reconnaissant l’importance de l’environnement dans le processus de guérison, les hôpitaux ouvrent la voie à des soins plus humains et plus intégrés.
Si la nature ne constitue pas un remède à elle seule, elle apparaît aujourd’hui comme une alliée précieuse pour accompagner les patients, soutenir les équipes soignantes et repenser les espaces de santé de demain.
Conclusion
L’écothérapie à l’hôpital illustre parfaitement la rencontre entre innovation et simplicité. En réintroduisant la nature au cœur des parcours de soins, les établissements de santé offrent aux patients un complément thérapeutique capable de favoriser le bien-être, l’autonomie et la qualité de vie. Une invitation à redécouvrir le pouvoir apaisant du vivant dans des lieux où l’espoir et la guérison occupent déjà une place centrale.