"L'art est partout dans la nature" - Vincent Munier

Si nous prenons le temps de ralentir et de contempler la nature, nous pouvons en effet constater que l'art y figure partout, aussi bien à l'échelle macroscopique, que microscopique.

Or, l'art est un langage qui parle de corps à corps. L’artiste plasticienne Louise Bourgeois dit de l'art en général qu'il est "une garantie de santé mentale". Ce constat est d'ailleurs corrélé par de nombreuses études, dont celle de l’OMS en 2023, qui mentionne l’art comme « un complément du traitement et de prévention des maladies non transmissibles ». Le Canada a été l'un des premiers pays à faire rentrer l'art à l'hôpital, avec une approche singulière, appelée "l'art sur ordonnance".

En France, le CHU de Montpellier (Pr Philippe Courtet, psychiatre, responsable des urgences et post-urgences psychiatriques) a démarré un projet pilote, consistant à intégrer l'art dans les parcours personnalisés de soins. 

Plusieurs études démontrent une réduction du stress et de la douleur, une amélioration des comportements pro sociaux (liens, échanges...), une stimulation émotionnelle et cognitive favorisant le rétablissement des patients, l'apaisement du cadre, ainsi qu'une facilitation de la relation thérapeute / patient (notamment, une libération de la parole, car l'oeuvre d'art facilite l'expression des émotions et des ressentis).

Il faut noter que l'intégration de l'art dans le soin ("art sur ordonnance") se distingue de l’art thérapie : il consiste par exemple, à proposer des visites dans un musée, de se rendre à une exposition de photographies, de s'immerger dans un environnement qui éveille les sens etc. Cette démarche est totalement détachée de l’univers médical et vient d'ailleurs renforcer les effets thérapeutiques d'une prise en charge pluri- disciplinaire.

En réalité, la démarche ne date pas d'hier ! Il s'avère que l'Ordre des Antonins, un ordre hospitalier fondé au Moyen-Âge, proposait déjà ce type d'approche. En quelque sorte, il s'agissait d'une ONG avant-l'heure, dont les missions étaient de :

  • Soigner les malades
  • Gérer les hôpitaux et les hospices
  • Assister les populations rurales
  • Entretenir le culte d'Antoine le Grand.

Les Antonins avaient acquis une grande réputation pour le traitement du "feu de Saint-Antoine", autrement dit l'ergotisme, une intoxication provoquée par un champignon contaminant le seigle. Outre des plantes et des décoctions, les Antonins proposaient des temps de méditation dans des jardins ou devant des oeuvres d'art étaient proposés aux malades (dont le célèbre Retable d'Issenheim), afin de soulager leurs souffrances dues au "feu de Saint-Antoine". Bien avant l'imagerie médicale et les neurosciences, les Antonins eurent vraisemblablement une forme d'intuition, pour soulager les malades

C'est un peu dans cet esprit qu'en 2020, j'ai créé les Temps d'InspirARTions®, en partenariat avec le Musée Unterlinden de Colmar, afin de proposer ce type d'approche au grand public, destinée à allier art et mieux-être. A l'origine, il s'agissait de temps de promenades méditatives dans le cloître du musée, suivis de moments guidés, associés à des approches à médiation psycho-corporelle, devant diverses oeuvres d'art, dont, justement, le Retable d'Issenheim, mais aussi des oeuvres évoquant la nature et le vivant.

Dans ma pratique en établissements de santé, j'invite régulièrement les patients à ce type de rencontre entre l'art, la nature et eux-mêmes. Ces moments ne sont jamais anodins et permettent un recentrage, des prises de conscience, un mieux-être voire des transformations.